Au cœur de Paris, niché dans un immeuble haussmannien du 9ème arrondissement, se trouve le refuge de Sylvie Testud, actrice et écrivaine française aux multiples talents. Loin des projecteurs et du tumulte des plateaux de cinéma, l’artiste a façonné un espace qui lui ressemble : authentique, chaleureux et empreint d’une élégance discrète. Entre objets chinés avec passion, souvenirs de voyages et pièces de design soigneusement sélectionnées, son appartement raconte une histoire, celle d’une femme de caractère qui a su créer un cocon à son image. Poussons la porte de ce lieu préservé où Sylvie Testud nous accueille exceptionnellement pour une visite privée de son univers parisien.
L’histoire d’un coup de cœur architectural
C’est en 2008 que Sylvie Testud pose ses valises dans cet appartement de 120m² situé dans un quartier animé du 9ème arrondissement de Paris. « Quand j’ai franchi la porte pour la première fois, j’ai su immédiatement que c’était chez moi », confie l’actrice avec émotion. Ce qui l’a séduite? Les volumes généreux, la lumière traversante et surtout, l’âme de ce lieu chargé d’histoire.
L’appartement est niché au troisième étage d’un immeuble haussmannien typique, construit dans les années 1860 durant les grands travaux de transformation de Paris menés par le Baron Haussmann. Les moulures d’origine au plafond, les parquets en point de Hongrie et les cheminées en marbre ont été préservés avec soin, témoins silencieux d’une époque révolue.
Avant de devenir le refuge de Sylvie Testud, l’appartement a connu plusieurs vies. Il aurait notamment appartenu à un compositeur de musique dans les années 1920, puis à une famille d’antiquaires dans les années 1970. Cette succession de propriétaires a laissé une empreinte particulière dans les murs, une sorte de patine émotionnelle que l’actrice a immédiatement ressentie.
La rénovation, menée en collaboration avec l’architecte d’intérieur Marie Deroudilhe, a duré près d’un an. L’objectif était clair : moderniser l’espace tout en préservant son caractère historique. « Je voulais un lieu qui me ressemble, où je me sente bien, mais qui respecte l’histoire de ces murs », explique Sylvie Testud. Un défi relevé avec brio par le duo qui a su trouver l’équilibre parfait entre préservation du patrimoine et touches contemporaines.
Les travaux ont permis de redessiner certains espaces pour les adapter au mode de vie de l’actrice. Ainsi, une cloison a été abattue pour créer un vaste salon-salle à manger baigné de lumière. La cuisine, autrefois confinée dans une petite pièce de service, a été ouverte et entièrement repensée. Les salles de bains ont été modernisées avec des matériaux nobles comme le marbre de Carrare et le bois de teck.
Cette transformation respectueuse a été récompensée en 2010 par une mention spéciale aux Prix d’architecture d’intérieur de Paris, saluant la démarche de conservation patrimoniale couplée à une vision moderne de l’habitat. Pour Sylvie Testud, ce lieu est bien plus qu’un simple logement : « C’est un espace qui m’inspire, qui me protège et qui évolue avec moi. Chaque pierre, chaque moulure raconte une histoire, et j’aime l’idée d’ajouter ma propre page à ce récit architectural. »
Un salon aux influences cosmopolites
Le cœur battant de l’appartement de Sylvie Testud est sans conteste son salon, pièce maîtresse de 45m² où se mêlent avec harmonie des influences venues des quatre coins du monde. Dès l’entrée, le regard est capté par les hautes fenêtres qui inondent l’espace de lumière naturelle, mettant en valeur le parquet en chêne patiné par le temps.
La palette chromatique de cette pièce révèle le tempérament de sa propriétaire : des tons neutres et apaisants comme le beige, le gris perle et l’écru servent d’écrin à des touches plus vibrantes de bleu canard, d’ocre doré et de vert émeraude. « J’ai toujours été attirée par les couleurs qui racontent une histoire, qui évoquent des voyages ou des émotions », confie l’actrice.
Une collection de mobilier éclectique
Le mobilier du salon témoigne du goût affirmé de Sylvie Testud pour le mélange des styles et des époques. Un imposant canapé d’angle en velours bleu nuit, dessiné par Patricia Urquiola, dialogue avec une table basse vintage des années 50 chinée aux Puces de Saint-Ouen. Non loin, deux fauteuils scandinaves en bois clair et tissu bouclé créent un espace de conversation intimiste près de la cheminée en marbre d’origine.
« Je ne suis pas du genre à acheter des meubles en série ou à suivre aveuglément les tendances », explique Sylvie Testud. « Chaque pièce ici a été choisie avec soin, parfois après des mois de recherche. J’aime que les objets aient une âme, une histoire à raconter. » Cette philosophie se reflète dans des trouvailles comme cette console chinoise en bois laqué rouge qui trône contre un mur, ou cette lampe articulée signée Serge Mouille qui projette sa lumière sur un coin lecture.
- Un tapis berbère authentique rapporté d’un tournage au Maroc
- Une collection de coussins en soie provenant d’Inde et de Thaïlande
- Des céramiques artisanales japonaises disposées sur les étagères
- Un paravent chinois ancien en laque noire et or
La bibliothèque sur mesure qui couvre tout un pan de mur révèle une autre facette de la personnalité de l’actrice : sa passion pour la littérature. Les étagères ploient sous le poids de centaines d’ouvrages soigneusement classés – romans français et étrangers, essais philosophiques, biographies d’artistes, et bien sûr, quelques exemplaires des livres qu’elle a elle-même écrits.
L’art comme fil conducteur
Les murs du salon sont habillés d’œuvres d’art qui reflètent les goûts éclectiques de Sylvie Testud. Au-dessus de la cheminée trône une toile abstraite aux tons bleutés du peintre Pierre Soulages, acquise lors d’une vente aux enchères. Face au canapé, une série de photographies en noir et blanc signées Raymond Depardon capturent l’essence de Paris à différentes époques.
« L’art est une présence quotidienne dans ma vie, pas un simple élément décoratif », souligne l’actrice. Cette philosophie se traduit par des choix audacieux, comme cette sculpture contemporaine en métal torsadé de l’artiste César qui occupe un coin de la pièce, ou cette collection de masques africains disposés sur une console, souvenirs de voyages et tournages sur le continent.
Le salon de Sylvie Testud n’est pas figé dans le temps mais évolue au gré de ses découvertes et coups de cœur. « J’aime que mon intérieur soit vivant, qu’il raconte mon parcours, mes rencontres. Rien n’est définitif ici, tout peut être déplacé, remplacé, réinventé selon mes envies et les périodes de ma vie. »
La cuisine, laboratoire créatif et lieu de convivialité
Si Sylvie Testud est connue pour ses talents d’actrice et d’écrivaine, peu de gens savent qu’elle nourrit une véritable passion pour l’art culinaire. Sa cuisine, entièrement repensée lors de la rénovation de l’appartement, est devenue un véritable laboratoire créatif où elle expérimente recettes traditionnelles et innovations gastronomiques.
« La cuisine est probablement la pièce qui a connu la transformation la plus radicale », explique-t-elle. Autrefois petite et fonctionnelle, confinée dans son rôle utilitaire comme dans beaucoup d’appartements haussmanniens, elle s’est métamorphosée en un espace ouvert de 20m², connecté au salon par une large ouverture qui permet de maintenir le contact avec les invités pendant la préparation des repas.
L’alliance du vintage et du contemporain
Le style de cette cuisine reflète parfaitement la personnalité de sa propriétaire : un mélange savant d’éléments contemporains et de touches rétro qui créent une atmosphère unique. Les meubles hauts ont été supprimés au profit d’étagères ouvertes en chêne massif qui accueillent une collection impressionnante de vaisselle chinée au fil des années – assiettes en faïence provençale, bols en céramique japonaise, verres soufflés vénitiens.
Les façades des meubles bas, réalisées sur mesure, arborent un vert sauge profond qui contraste élégamment avec le plan de travail en marbre de Carrare. « J’ai longtemps hésité sur la couleur, mais ce vert m’évoque la nature, les herbes aromatiques que j’utilise dans ma cuisine. C’est apaisant et stimulant à la fois », confie Sylvie Testud.
L’îlot central, pièce maîtresse de cet espace, combine fonctionnalité et esthétique avec son plan de travail généreux qui se prolonge en une table à manger pouvant accueillir jusqu’à six personnes. « C’est devenu le point névralgique de la maison », sourit l’actrice. « Mes amis s’y installent naturellement pendant que je cuisine, les conversations fusent, les bouteilles se débouchent… L’atmosphère est toujours chaleureuse. »
Des équipements dignes d’un chef
Passionnée de cuisine, Sylvie Testud n’a pas lésiné sur les équipements professionnels qui facilitent ses expérimentations culinaires :
- Une cuisinière Lacanche à six feux avec four double, véritable pièce de collection fabriquée en Bourgogne
- Un réfrigérateur américain intégré derrière des panneaux assortis aux meubles
- Un robot multifonction KitchenAid en émail rouge, trônant fièrement sur le plan de travail
- Une cave à vin thermorégulée dissimulée sous l’îlot central
« Certains investissent dans des voitures de luxe, moi c’est dans les ustensiles de cuisine », plaisante-t-elle en montrant sa collection impressionnante de couteaux japonais soigneusement rangés sur un support magnétique fixé au mur.
Les détails qui font la différence sont nombreux : un évier en pierre de lave émaillée, une robinetterie en laiton aux lignes rétro, des poignées en cuivre vieilli sur les tiroirs… Chaque élément a été pensé pour allier fonctionnalité et esthétique.
La touche finale qui donne vie à cette cuisine est apportée par les plantes aromatiques qui prospèrent sur le rebord de la fenêtre – basilic, thym, romarin et menthe fraîche sont toujours à portée de main pour parfumer les plats. « Je ne peux pas cuisiner sans herbes fraîches », affirme Sylvie Testud. « Elles apportent cette dimension vivante, ce lien avec la nature qui me semble fondamental, même en plein Paris. »
Cette cuisine est bien plus qu’un espace fonctionnel, c’est un lieu de création et de partage où Sylvie Testud exprime une autre facette de sa créativité. « Jouer, écrire ou cuisiner procèdent finalement de la même démarche : transformer des émotions en expériences sensorielles à partager avec les autres. »
La chambre principale : un havre de paix inspiré des voyages
Située à l’est de l’appartement, la chambre principale de Sylvie Testud capture la première lumière du jour à travers ses hautes fenêtres ornées de moulures d’époque. Cette orientation n’est pas le fruit du hasard : « J’aime être réveillée naturellement par la lumière du matin », confie l’actrice. « Cela me donne l’impression de commencer la journée en douceur, en harmonie avec le rythme naturel. »
D’une superficie généreuse de 25m², cette pièce se distingue par son atmosphère apaisante, presque méditative, qui contraste avec le dynamisme des espaces de vie. Les murs, peints dans un blanc cassé légèrement teinté de rose, créent une enveloppe lumineuse qui change subtilement de nuance au fil de la journée.
Un lit comme pièce maîtresse
Le lit, élément central de la pièce, est une création sur mesure réalisée par un ébéniste parisien. Sa tête de lit capitonnée en lin naturel monte jusqu’à mi-hauteur du mur, créant un point focal chaleureux dans la pièce. « J’ai toujours rêvé d’un lit qui soit à la fois confortable et esthétique », explique Sylvie Testud. « Quelque chose qui évoque les grands hôtels que j’ai pu fréquenter lors de mes déplacements professionnels, mais avec une touche plus personnelle. »
La literie, point sur lequel l’actrice refuse tout compromis, est composée de draps en percale de coton biologique dans des tons neutres (blanc, beige, gris perle), rehaussés par des coussins décoratifs aux motifs plus affirmés. « Le sommeil est sacré quand on mène une vie aussi intense que celle d’une actrice », confie-t-elle. « J’ai appris à ne jamais négliger la qualité de mon repos. »
De part et d’autre du lit, deux tables de chevet asymétriques témoignent du goût de Sylvie Testud pour les compositions non conventionnelles : d’un côté, une petite console ancienne en bois sombre surmontée d’une lampe à poser au pied en céramique bleue; de l’autre, un guéridon des années 1950 en laiton et verre fumé qui accueille une pile de livres en attente de lecture.
Des souvenirs de voyages comme fil conducteur
Ce qui frappe dans cette chambre, c’est la manière dont Sylvie Testud a intégré des souvenirs de ses nombreux voyages et tournages à travers le monde. Chaque objet raconte une histoire, un moment de vie, une rencontre significative.
- Un tapis berbère aux motifs géométriques, rapporté d’un tournage au Maroc, adoucit le parquet d’origine
- Une série de photographies en noir et blanc encadrées simplement, prises par l’actrice lors de ses voyages en Asie
- Un kimono traditionnel japonais, souvenir d’un festival de cinéma à Tokyo, suspendu comme une œuvre d’art
- Une collection de boîtes anciennes en bois sculpté provenant d’Inde, disposées sur une étagère flottante
« Chacun de ces objets est un fragment de mémoire », explique Sylvie Testud. « Ils me rappellent des moments précieux, des rencontres, des atmosphères… C’est comme avoir un peu de ces lieux aimés avec moi, même quand je suis à Paris. »
Un coin de la chambre a été aménagé en petit espace de méditation, avec un coussin de yoga posé sur un tapis tressé et quelques objets symboliques : une statuette de Bouddha en bronze, un bol chantant tibétain, quelques galets ramassés sur des plages lointaines. « J’essaie de prendre quelques minutes chaque matin pour me recentrer avant d’affronter le tumulte de la journée », confie l’actrice.
La penderie, dissimulée derrière des portes coulissantes recouvertes de miroirs anciens à la patine légèrement oxydée, occupe tout un pan de mur sans alourdir visuellement l’espace. À l’intérieur, les vêtements sont organisés avec la même attention aux détails que le reste de l’appartement : « J’aime l’ordre, mais pas l’uniformité », sourit Sylvie Testud. « Même dans mon dressing, j’essaie de créer une forme d’harmonie qui me ressemble. »
Cette chambre est bien plus qu’un simple lieu de repos – c’est un espace personnel qui reflète l’essence même de celle qui l’habite : une femme voyageuse, sensible aux beautés du monde, qui a su créer un havre de paix où se ressourcer entre deux tournages.
Le bureau-bibliothèque, sanctuaire de création
Au fond d’un couloir aux murs ornés de photographies en noir et blanc se trouve peut-être la pièce la plus intime de l’appartement de Sylvie Testud : son bureau-bibliothèque. C’est dans cet espace de 18m², baigné par la lumière d’une cour intérieure parisienne, que l’actrice se transforme en écrivaine, donnant vie aux personnages et histoires qui peuplent ses romans.
« C’est mon sanctuaire », confie-t-elle en poussant la porte d’une pièce aux proportions parfaites, avec ses hauts plafonds caractéristiques des immeubles haussmanniens. « J’avais besoin d’un lieu isolé du reste de l’appartement, où je puisse me concentrer totalement sur l’écriture, loin des distractions quotidiennes. »
Une bibliothèque impressionnante
La première chose qui frappe en entrant dans cette pièce est l’imposante bibliothèque sur mesure qui recouvre trois des quatre murs, du sol au plafond. Réalisée en chêne massif par un ébéniste du Faubourg Saint-Antoine, elle accueille une collection impressionnante d’ouvrages qui témoigne des centres d’intérêt variés de leur propriétaire.
« Les livres sont mes compagnons de route depuis l’enfance », explique Sylvie Testud en effleurant du doigt les tranches colorées qui s’alignent sur les étagères. « Chacun représente une partie de mon parcours intellectuel et émotionnel. » La collection, organisée par thèmes plutôt que par ordre alphabétique strict, révèle une prédilection pour la littérature française et étrangère, la philosophie, le théâtre et le cinéma.
Certains rayonnages accueillent des éditions rares ou dédicacées, témoignages des rencontres littéraires qui ont jalonné la carrière de l’actrice. On remarque notamment une section entière consacrée aux prix littéraires des vingt dernières années, source d’inspiration et de référence pour son propre travail d’écriture.
Entre les livres s’intercalent quelques objets soigneusement choisis : un bronze de Giacometti représentant une silhouette élancée, une boîte à musique ancienne rapportée de Vienne, ou encore cette machine à écrire Underwood des années 1930, pièce de collection qui occupe une place d’honneur sur une étagère à hauteur des yeux.
L’espace de travail, entre tradition et modernité
Au centre de la pièce trône un magnifique bureau ancien en acajou, pièce chinée chez un antiquaire du Marais et restaurée avec soin. « Ce bureau a appartenu à un écrivain du XIXe siècle, m’a-t-on dit », raconte Sylvie Testud avec un sourire. « J’aime imaginer qu’il porte en lui une forme d’énergie créative qui m’accompagne dans mon propre travail d’écriture. »
Sur ce meuble aux proportions généreuses, le passé et le présent cohabitent harmonieusement : à côté d’un ordinateur portable dernier cri et d’une tablette graphique se trouvent un pot à crayons en cuir patiné, un sous-main en feutre vert bouteille et un ensemble de stylos-plumes Montblanc soigneusement alignés.
« J’écris d’abord à la main, presque toujours », confie l’actrice. « Le contact physique avec le papier, le geste de l’écriture me semblent indispensables pour donner naissance aux premières idées. L’ordinateur intervient dans un second temps, pour la mise en forme et les corrections. »
Face au bureau, un confortable fauteuil de lecture en cuir cognac, accompagné d’un repose-pieds assorti et d’une lampe articulée en laiton, crée un espace de détente propice à la réflexion. « Quand je suis bloquée dans l’écriture, je m’installe là pour lire ou simplement réfléchir », explique Sylvie Testud. « Souvent, les solutions viennent d’elles-mêmes quand on cesse de les chercher activement. »
Un petit poêle à bois dans l’angle de la pièce apporte une touche de chaleur supplémentaire durant les mois d’hiver. « Il n’y a rien de plus inspirant que d’écrire au crépitement du feu quand Paris est sous la pluie ou la neige », confie l’actrice avec un regard rêveur.
Les murs, dans les rares espaces laissés libres par la bibliothèque, sont ornés de quelques œuvres choisies avec soin : une affiche originale du film « La Vie rêvée des anges » qui a révélé Sylvie Testud au grand public, un dessin à l’encre signé Jean Cocteau, et une série de photographies en noir et blanc représentant des écrivains qui ont marqué son parcours – Marguerite Duras, Albert Camus, Virginia Woolf.
Ce bureau-bibliothèque n’est pas seulement un lieu de travail, c’est un espace qui raconte l’histoire intellectuelle et créative de Sylvie Testud, un cocon où elle peut donner libre cours à son imagination et transformer ses expériences en récits qui toucheront à leur tour d’autres sensibilités.
La touche personnelle : objets et souvenirs qui font l’âme du lieu
Ce qui distingue véritablement l’appartement de Sylvie Testud des intérieurs souvent impersonnels que l’on trouve dans les magazines de décoration, c’est cette constellation d’objets personnels, de souvenirs et de trouvailles qui jalonnent chaque pièce. Plus qu’une simple collection, ces éléments composent une autobiographie silencieuse, racontant par fragments l’histoire d’une vie riche en expériences et en rencontres.
« Un intérieur sans histoire personnelle, c’est comme un visage sans expressions », philosophe l’actrice en nous guidant à travers ce musée intime qu’est devenu son appartement au fil des années. « Chaque objet ici a été choisi pour sa beauté, bien sûr, mais surtout pour ce qu’il évoque, pour la mémoire qu’il porte en lui. »
Les trésors de voyages et de tournages
Les nombreux déplacements professionnels de Sylvie Testud à travers le monde ont nourri sa passion pour la collection d’objets qui racontent une culture, un savoir-faire, une tradition. Contrairement aux souvenirs touristiques conventionnels, chaque pièce a été choisie avec discernement, souvent directement auprès d’artisans locaux rencontrés lors de ses pérégrinations.
Sur une console dans l’entrée trône une impressionnante collection de masques traditionnels provenant d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. « Les masques me fascinent depuis toujours », confie l’actrice. « Ils parlent de transformation, de jeu entre l’apparence et l’essence – des thèmes qui résonnent particulièrement dans mon métier de comédienne. »
Dans le salon, une vitrine Napoléon III abrite une collection de boîtes anciennes en matériaux précieux – nacre, ivoire, bois rares, argent ciselé – glanées au fil des années dans des marchés aux puces et des brocantes du monde entier. « Chacune contient un petit trésor personnel : un billet de spectacle mémorable, une pierre ramassée sur une plage, une lettre précieuse… Ce sont mes capsules temporelles. »
- Un éventail japonais peint à la main, cadeau d’un maître de Kabuki rencontré à Kyoto
- Une collection de miniatures indiennes rapportées d’un tournage à Jaipur
- Des ex-voto mexicains en métal argenté, découverts lors d’un festival de cinéma à Guadalajara
- Une série de poupées russes anciennes, souvenir d’une rétrospective de ses films à Moscou
Les témoins d’une carrière exceptionnelle
Discrètement intégrés à la décoration, quelques objets témoignent du parcours cinématographique remarquable de Sylvie Testud, sans jamais tomber dans l’ostentation. « Je n’ai pas voulu créer un musée à ma gloire », s’amuse-t-elle, « mais certains souvenirs professionnels ont une valeur émotionnelle trop forte pour être rangés dans des cartons. »
Sur une étagère du bureau, un César de la Meilleure actrice dans un second rôle côtoie une statuette du Festival de Berlin et un prix d’interprétation du Festival de Cannes. Ces récompenses prestigieuses ne sont pas mises en avant mais s’intègrent naturellement parmi les livres et objets personnels, témoins silencieux d’un talent reconnu par la profession.
Dans un cadre sobre accroché dans le couloir, on aperçoit le premier contrat signé par l’actrice pour son rôle dans « La Vie rêvée des anges« , film qui a lancé sa carrière en 1998. Non loin, une collection de photographies de plateau en noir et blanc capture des moments de complicité avec des réalisateurs qui ont marqué son parcours : François Ozon, Claude Miller, Tonie Marshall.
« Ces photos me rappellent que derrière chaque film, il y a avant tout des rencontres humaines extraordinaires », commente Sylvie Testud avec émotion. « Le cinéma est un art collectif, et ces images témoignent de cette belle aventure partagée. »
L’art comme fil conducteur
Grande amatrice d’art, Sylvie Testud a constitué au fil des années une collection personnelle qui reflète ses goûts éclectiques, privilégiant l’émotion et la résonance intime plutôt que la valeur marchande ou les tendances du marché de l’art.
« Je n’achète jamais une œuvre pour son nom ou sa cote potentielle », affirme-t-elle. « Je dois ressentir un choc émotionnel, une forme de nécessité intérieure. L’art qui m’entoure doit me parler, me questionner, m’émouvoir au quotidien. »
Cette philosophie se traduit par une collection variée où cohabitent harmonieusement des pièces signées par des artistes reconnus et des créations de talents émergents découverts lors d’expositions confidentielles ou de voyages. On remarque notamment une série de lithographies de Zao Wou-Ki, une huile sur toile du jeune peintre Guillaume Bresson, ou encore des photographies de Sarah Moon aux atmosphères brumeuses et poétiques.
Dans la salle à manger, une imposante nature morte contemporaine de l’artiste Claire Tabouret dialogue avec des pièces plus classiques, créant un pont entre différentes époques et sensibilités artistiques. « J’aime ces conversations silencieuses entre les œuvres », sourit Sylvie Testud. « Elles créent une dynamique, une tension créative qui rend l’espace vivant. »
Ces objets et œuvres d’art, loin d’être de simples éléments décoratifs, constituent la véritable signature de cet appartement. Ils racontent, mieux que n’importe quelle mise en scène sophistiquée, l’histoire d’une femme passionnée, curieuse du monde et profondément attachée aux traces tangibles des émotions et rencontres qui ont jalonné son existence.
